Les régressions de Richard Bachman, épisode 1 : Kurt Cobain n’est pas mort, Frédéric Soulier

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Très efficace !

Consacrer une nouvelle, mieux, une série de nouvelles à l’une de ses idoles est un pari risqué. En effet, nous pouvions craindre que l’auteur ne tombât dans l’adulation outrancière ou la fan-fiction à deux sous. Il n’en est rien. Frédéric Soulier a l’intelligence de mettre en scène son héros sans le ménager, mais en s’efforçant de rester au plus près des faits, qu’il arrose bien sûr d’une atmosphère SF bien dosée – et pas d’une de ces rasades indigestes qui dénaturent la trame du récit, tissée par l’humain.
Si, d’ordinaire, les textes qui parlent d’écriture ou qui mettent en scène un romancier m’ennuient profondément – par le nombrilisme qui en dégueule à chaque ligne ou les réflexions stériles sur le pourquoi du comment de la vocation de la raison que le dieu de l’inspiration nous habite -, ici c’est malin, dynamique, constructif et, comme d’habitude avec cet auteur, profondément humain. Pour tout dire, avant ces Digressions, il n’y a que Condie Raïs qui avait réussi à m’emporter avec un livre sur le sujet, dans L’Ombre d’un écrivain.

Son concept, sa trouvaille pour lancer une série de plusieurs épisodes est tout simplement brillante. En amateur averti de science-fiction, je dois reconnaître que l’auteur excelle en la matière. On sent son profond respect pour ce “genre” littéraire, pour toutes les possibilités qu’il ouvre, mais je ne saurais dire s’il est meilleur là-dedans que dans ses romans plus “classiques”. Cette indécision s’explique certainement par le fait que ce premier épisode n’est en fait qu’une introduction à l’ensemble de ces Digressions ; on met le pied dedans, bien volontiers même, et puis pof, voilà que c’est fini.
Par exemple, et toujours en matière de SF, sa nouvelle Le Transastral ZX08 est tout bonnement excellente, car bouclée en un voyage.

Il n’en demeure pas moins qu’on retrouve ici avec plaisir le style riche et maîtrisé de Frédéric Soulier. Ouais, il ne déçoit pas, le bougre, et n’écrira jamais pour meubler, pour publier à tout prix. Il aime trop la littérature pour cela, et ça transpire à chacune de ses lignes. Son texte est littéralement inspiré, ballotté à droite à gauche dans les tripes et la cervelle du créateur, puis expiré avec une manière d’élégance, de classe à la fois sobre et méticuleusement ciselée.
La sobriété est dans la profondeur des personnages, sans voile, sans artifices. L’auteur nous les décrit tels qu’ils sont, vrais, intransigeants, directs, parfois bruts, mais ne s’étend pas sur leurs caractères profonds, il n’en a pas besoin, la suggestion s’en charge pour lui. C’est tout en finesse qu’on devinera les regrets d’untel, qu’on acceptera les choix d’un autre, les sacrifices consentis, l’acceptation, les différences et l’amour inusable d’une famille ressoudée par la maladie, quand tant d’autres se disloquent. Quelques lecteurs passeront complètement au travers de cette profondeur humaine, par manque de sensibilité sans doute, mais ce n’est pas en forçant le trait à l’excès qu’on rend un personnage vivant, pas vrai ? Les choses les plus vraies sont celles que l’on ne dit pas, mais que l’on soupire.
Le contrechamp de cette sobre humanité se trouve dans la recherche presque obsessionnelle de l’auteur pour le mot qui tombera quand il faut où il faut, et claquera dans l’esprit du lecteur en portant toute une phrase à lui seul. Aucunement complexe, l’écriture de Frédéric Soulier est fouillée, réfléchie, et vous trouverez en vérité assez peu d’auteurs contemporains avec un vocabulaire aussi varié – sans en devenir pompeux. Ça se lit tout seul, ça se déguste, et on se surprend à vivre les scènes les plus calmes avec autant d’intérêt que s’il s’agissait de péripéties rocambolesques.

C’est vrai, il ne se passe pas grand-chose dans ce premier épisode, mais les personnages sont tellement réels qu’il serait absurde de s’en priver.
Je m’avoue encore une fois impressionné.

Pour vous la procurer          Page Amazon de l’auteur          Page Facebook de l’auteur

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